Catégories
Dossiers

Mac Kregor – « Le bitume avec une plume »

Rapologiquement parlant, MacKregor ne fait pas parti des plus grand technicien. Mais il s’approche en revanche des grands lyricistes du rap français en couchant la rue et ses propres gamberges sur le papier avec le goudron qui s’échappe de son stylo: « Le bitume avec une plume »!

Au début des années 2000, alors que ce que l’on nomme le rap de rue est en pleine explosion, un duo se fait peu à peu sa place dans le paysage du rap français. Originaire du 93 et Composé de Mac Tyer et Mac Kregor, le groupe Tandem va, en seulement 2 projets, laisser une empreinte indélébile sur la décennie 2000- 2010. Un morceau comme « 93 hardcore » est par exemple un des rares à pouvoir concurrencer le « Pour ceux » de la Mafia k’1fry pour le titre d’hymne de la banlieue.

Le groupe est profondément ancré dans la rue et dépeint comme peu d’autres le quotidien des quartiers et les problèmes de la société en général avec une qualité d’écriture certaine. Si Mac Tyer, le camerounais d’origine prend beaucoup de place et se démarque par sa voix grave et son charisme, son acolyte Haïtien Mac Kregor ne peut être considéré comme un simple faire valoir. En effet, ce dernier possède une écriture nettement au dessus de la moyenne. Armé d’un vocabulaire beaucoup plus riche que la plupart de ses confrères, le K.R.E se révèle être la parfaite illustration de l’expression inventée par Booba, « le bitume avec une plume ». Combien de rappeurs peuvent en effet se targuer de placer dans le même couplets les mots « bite », « négro » , « fleury », et dans le même temps « indicible », « encéphale » ou « ecclésiastes »…?

Une plume qui permet à cet esprit torturé de retranscrire à merveille « les maux » qui habitent le monde. Il s’avère même compliqué de savoir exactement a quel endroit se situe chez Mac Kregor la frontière entre la colère et la dépression. D’ailleurs son titre en solo, « Les maux », issu de l’EP « Ceux qui le savent m’écoutent » montre à quel point il prend à cœur toutes ces choses qui rongent l’humanité et finissent par lui peser. 

La liaison est toute faite avec un autre solo « J’ai trop de cœur » , celui ci extrait de l’album suivant du groupe. Un morceau dans lequel il exprime avec ce style si particulier sa sensibilité et ce mal être face à ce que devient l’humanité. Cela provoque notamment en lui un dégoût en l’être humain et le pousse à se réfugier dans l’alcool ou les drogues douces pour oublier ou simplement ne pas sombrer. Qui d’autres que Salif ou Guizmo peut s’épancher ainsi sur ses problèmes de boissons et ses difficultés à vivre en conservant un vrai côté caillera?

Car s’il restait concentré et focalisé sur le microcosme qu’est sa banlieue, il pourrait se cantonner comme les autres à parler de bavures policières ou des injustices qui envoient les siens derrière les barreaux à la première occasion. Mais se définissant lui même comme quelqu’un de « féru de connaissance », il cherche à savoir ce qui se passe hors de nos frontières et sait relativiser par rapport à la situation de ceux qui vivent dans des pays pauvres ou en guerre.

Comme il le laisse entendre sur « 93 Hardcore », On ressent une véritable frustration de n’avoir pu accéder à des hautes études. Elles lui auraient certainement permis de mettre à profit son amour pour les lettres et ses réflexions sur le monde et pourquoi pas de devenir un philosophe ou un écrivain reconnu comme Aimé Césaire qu’il cite à plusieurs reprises dans ses textes.

« On est pertinemment conscient d’tous nos échecs scolaires. Mais tout serait différent si la Sorbonne serait domicilié à Auber… »

Mac Kregor – 93 Hardcore

L’écriture pointue de Mac Kregor sur leurs premiers morceaux avait quelque peu repoussé les auditeurs dont les oreilles n’étaient pas toutes habituées à des textes aussi riches. Mais en épurant un peu la forme tout en gardant le même fond, il a su continuer à narrer son vécu de poissard. 

C’est peut être là que le rappeur du 93 est le plus fort! Faire preuve d’une telle sincérité et authenticité, savoir révéler ses faiblesses et ses plaies les plus profondes sans perdre en « street crédibilité » ou passer pour quelqu’un de faible tient de l’exploit!

« Les mots ne guérissent point les plaies internes qui chaque jour me dévient de l’amour. Les maux martèlent mon encéphale augmentant ma rage me submergeant dans l’amour. »

Les maux

Mac Kregor écrit avec son cœur, « rappe la gorge nouée » et « termine ses couplets en pleurs ». Cela lui permet de vous prendre aux tripes en donnant l’impression que quand il rappe sa vie, il chante aussi la votre. Ce qui est un peu vrai puisqu’au final, il se révèle être un altruiste assoiffé d’égalité et ulcéré par les injustice sociales découlant de ce système ultra capitaliste.

Le rap game tel qu’il est devenu aujourd’hui n’est surement pas fait pour lui. Il n’a également jamais changé sa ligne de conduite. Par conséquent, le K.R.E n’a pas connu le succès commercial de son compère au sein de Tandem. Pourtant, il possède une discographie conséquente faites de plusieurs albums solos, street-albums ou autres Mixtapes. On ne saurait que vous conseiller de vous plonger dans ses projets afin de vous faire votre propre opinion et réhabiliter Mac Kregor comme une des grandes plumes du rap hexagonal.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *