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La Mafia Trece – Collectif en or

Lorsque l’on parle des grands collectifs qui ont fait l’âge d’or du rap français, on pense tout de suite au Secteur Ä, à la Mafia K’1fry ou à Time Bomb. Malheureusement, on oublie trop souvent de citer la Mafia Trece. Et pourtant, le collectif de Paris Sud mérite que l’on s’attarde sur son cas. Retour sur le crew qui a marqué la fin des années 90 !

Nous en avions déjà parlé dans un précédent article, le 21 ème siècle a marqué la disparition des groupes dans le rap français. Et ce pour plusieurs raisons. Il demeure malgré tout quelques collectifs aujourd’hui comme le 667 ou L’entourage. Mais, ils regroupent plutôt des individualités qui collaborent parfois sur des titres. Ils n’ont en effet pas vocation a sortir des albums qui les regroupent tous. La Mafia Trece dont on va parler ici a connu le succès grâce à ses albums collaboratifs plutôt que par ses productions en solo. Un veritable esprit de corps qui a fait la réputation du crew.

La force du nombre

La Mafia Trece était un collectif comportant 13 membres comme son nom l’indique et fondé par Djo aux alentours de 1996-97. Le 13 ayant également un rapport avec le 13ème arrondissement de Paris dont étaient originaires plusieurs membres du collectif. Il était principalement composé des groupes Echos du sud  (Cochise et Aspeak),  Moovens’  (Awax, Vas Keypa et G-Wild), et Southside 13  (OGK, BGL), du rappeur Yannick et de Don jo et qui est aussi connu sous le nom de DJ EFFA. Ce dernier était le DJ et producteur du collectif. Autour de tout ce petit monde gravite également Diam’s ou certains membres du Saian supa crew.

En plus d’un talent évident, le groupe est animé d’un vrai esprit de clan et d’un esprit résolument hiphop. Ce qui a également fait la renommée du groupe, c’est l’utilisation réussie et peu répandue de ce que l’on appelle le rap théâtral. Les MC’s profitent en effet de leur nombre et de leur complicité pour se mettre en scène sur des morceaux scénarisés. Chacun y tient un rôle ce qui donne des morceaux très visuels. Et cela même sans clips vidéos. Nous y reviendrons plus loin.

Disque d’or en indé

En 97, le collectif sort le Maxi « M13 » qui contient 4 titres. « Je plaide pour la rue », « Le mauvais chemin », « Rencontre du 13ème type » et « South cide ». On retrouve tous ces morceaux sur « Cosa Nostra », le premier album du groupe qui sortira quelques mois plus tard. Un excellent album de 19 titres dans sa version finale.

En effet, le titre « A la recherche du mic’ perdu » sera rajouté à la tracklist de ce premier opus. Un véritable carton qui tournera en boucle à la radio et sur les chaines musicales. Un titre à l’ambiance Asiatique dont est imprégné la Mafia Trece comme le confirme le dragon à 2 têtes qui est l’emblème du groupe.

Le morceau suivant, « Le mauvais chemin » est un classique du rap fr interprété par un Yannick au sommet de sa forme. On ne se doutait alors pas qu’il se prendrait un jour pour Claude Francois. Un titre à connaître absolument!

« Rencontre du 13ème type » (où Diam’s fait une de ses premières apparitions) et « La loi du silence » sont 2 parfaits exemples du rap théâtral qu’on évoquait plus haut. Ces morceaux si ils avaient été créés 10 ans plus tard auraient eu le même succès que la trilogie de Tandem. Surtout si ils avaient eu la possibilité d’être clipés.

Des titres comme « A force de jouer aux durs »  ou « O.M.U » (en feat avec Oxmo) sont aussi tres bons. Ils font aussi parti des morceaux qui font de « Cosa nostra » un grand album.

Effectivement, si vous mélangez l’art du Story telling à la Time Bomb, que vous le saupoudrez de la folie du Saian et que vous relevez tout cela avec l’énergie de la FF, vous obtenez ce classique. Un statut de classique validé par les chiffres. L’album sera en effet disque d’or alors qu’il est totalement produit et distribué en indé. Le débat est d’ailleurs toujours vif pour savoir qui de Assassin, Lunatic ou la Mafia Trece a décroché le premier disque d’or indépendant du rap hexagonal.

En 99, ils sortent un nouvel EP 8 titres intitulé « Lever de rideau ». Ce nom fait bien sur allusion au rap théâtral cher au groupe. On y retrouve certains titres qui seront sur l’album suivant plus 2 instrumentales.

L’art de la mise en scène

Quelques mois plus tard, le collectif sort donc son deuxième album qui se devait d’être celui de la confirmation. il se nommera « L’envers du décor » (encore une référence théâtrale).

Premier changement notable par rapport à l’album précédent, DJ EFFA n’assure pas la totalité des prods de l’album. On sent que le groupe a franchi un palier en terme d’exposition médiatique. c’est par exemple Fred le magicien ( Lunatic, Booba, Rohff…) qui produit la moitié des titres. Et en plus, cela apporte une variété évidente.

Le collectif qui a depuis son dernier projet signé en Major a pris un virage un peu plus « grand public ». Certains morceaux sont calibrés pour passer en radio et cela se ressent (un peu trop?).

Des l’intro et le morceau suivant « J’étais, je suis, je serai… « , le groupe exécute la formule qui a fait leur réputation en se passant le mic de façon dynamique et rythmée!

Au milieu de l’album, le groupe reprend le format théâtral dans lequel il excelle!

« Volte face » et « A bout de souffle » sont 2 titres hyper cinématographiques ! Deux trés grosses réussites.

Juste après, on enchaîne sur le titre « Confessions » de la nouvelle venue Silf. Un très bon titre également.

Le titre « Champion » en feat avec Leeroy (saian supa crew ) ramène quant à lui de l’énergie à cette fin d’album.

Cet album ne surpassera pas le précédent ,qualitativement parlant du moins, et ne suffira pas à faire exploser commercialement le collectif du 13ème. Celui ci explosera même littéralement. Chacun préférant aller dans sa propre direction. Inutile de vous dire ce qu’est par exemple devenu Yannick, ça me fend le cœur, à chaque fois que j’en parle!

« L’envers du décor » restera comme le dernier projet d’un collectif qui en 2 ans aura néanmoins réussi à marquer l’esprit des fans de rap français pendant le 1er âge d’or du rap. 

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