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Akhenaton –  » Métèque et Mat  » : Pièce maîtresse

Le premier album d’Akhenaton Métèque et mat est sans doute l’un des meilleurs albums solos de l’histoire du rap français. Cet opus s’écoute comme une autobiographie grâce aux différentes histoires et thèmes personnels évoqués. Plongée dans ce classique du hip hop francophone qui fête ses 27 ans en ce mois d’octobre.

Fin 95, Akhenaton est une figure connue du public rap. Deux ans plus tôt, il connait un succès retentissant avec son groupe IAM avec leur deuxième album, Ombre est lumière. Akh se lance alors dans l’aventure d’un premier solo en partant avec son producteur Nick Sansano, enregistrer sur la terre de ses ancêtres italiens, à Naples. Métèque et mat deviendra un véritable chef-d’œuvre du rap français.

Cover du premier album d’Akh

Le storytelling, pièce essentielle de l’album

Dès le premier titre, « La Cosca », Akh conte l’histoire d’un mafieux en retraçant celle de l’organisation criminelle. Le morceau transporte directement l’auditeur dans une ambiance cinématographique avec un scénario digne de Martin Scorsese.

Le storytelling est au cœur de cet album. En effet, le rappeur d’IAM narre des récits fictifs. Au fin fond d’une contrée » s’écoute comme un conte poétique, remplie de mélancolie. Ou encore dans « Un brin de haine », un morceau engagé qui dénonce le racisme en racontant l’histoire d’un jeune sombrant dans la délinquance et de son père qui rejette la faute sur l’ami d’origine maghrébine de son fils. Le morceau s’inscrit dans un contexte où le FN commence à faire des scores élevés dans plusieurs villes notamment dans le Sud de la France.

Tracklist de l’album

Le rappeur garde aussi cette touche humoristique aperçue chez IAM, comme avec le morceau « Eclater un type des Assedic ». Derrière cette satire d’un agacement du fonctionnement des services publics, il dénonce une certaine ségrégation sociale. C’est la première fois dans un projet, que le storytelling est aussi omniprésent dans un album de rap français. Il est le précurseur du genre avant d’autres classiques comme par exemple, Opéra Puccino d’Oxmo Puccino en 1998.

Un retour aux sources

Ce disque est aussi l’occasion pour Philippe Fragione alias Akhenaton, de renouer avec ses origines. Son voyage en Italie est une source d’inspiration pour la conception de l’album et l’écriture des morceaux. Il retrace aussi le parcours de ses grands-parents immigrés napolitains, tout en rendant hommage à sa culture italienne. Cela se retrouve sur le morceau « L’Americano », son titre le plus « rital ». En effet, dans le refrain, Chill reprend une musique italienne des années 1950. Akh relate aussi son histoire personnelle, sa fascination pour les Etats-Unis à travers le cinéma et la musique. Il multiplie les références aux films de gangsters (Scarface, Le Parrain). Et surtout, il parle de sa découverte du hip hop, au milieu des années 1980 qui change définitivement sa vie.

Sur la chanson « Le calme comme essence », Akhenaton souhaite « faire un petit saut à Naples afin de saluer sa famille ». Ici, il explique sa philosophie de vie, en privilégiant le silence et le calme, aux bruits de la ville. Raison pour laquelle il préfère renouer des liens avec sa famille en Italie, plutôt que de rester dans l’ambiance volcanique marseillaise.

Un album très personnel

Si l’on devait décrire l’album Métèque et mat, il serait perçu comme une biographie auditive rappée dans laquelle Akh se livre de la façon la plus complète possible. Comme par exemple dans « Je ne suis pas à plaindre » où le leader d’IAM, raconte l’histoire d’un enfant malade nommé Steve, en comparant sa vie avec la sienne.

Si l’Italie et Naples est omniprésente dans l’album, Marseille, la ville où a véritablement grandi Akhenaton n’est pas en reste. Dans cet album, on trouve plusieurs exemple comme le plus flagrant est bien évidemment « Bad Boys de Marseille ». La chanson devient un immense tube et porte commercialement l’album. Avec le clip tourné à New York et sorti un an plus tard, le morceau devient un classique du rap français. Par la même occasion, Akhenaton fait découvrir au grand public, un tout nouveau groupe marseillais, la Fonky Family.

La pensée d’AKH

Ce premier solo est l’occasion pour l’auditeur d’en savoir davantage sur Akhenaton. Il permet aussi de traduire ses pensées et goût esthétique. Tout au long de l’album, on retrouve beaucoup de mélancolie. On citera par exemple des titres comme « Au fin fond d’une contrée ». Dans le refrain de « Lettre aux hirondelles », il se réfère à une chanson de Francis Cabrel (« Said et Mohamed »).

Avec cet album, on découvre un Chill méditatif et savant. Comme lorsqu’il se réfère à un mythe grec, avec « Prométhée » sur une prod incroyable, il se mue véritablement en un professeur de philosophie. Avec « Je combats avec mes démons », Akhenaton parle de religion et confesse s’être convertit à l’islam. La manière qu’il a de retranscrire ses combats intérieurs en faisant allusion à certaines divinités maléfiques, à l’enfer et au Mal sur Terre, installe comme l’un des meilleurs lyricistes du rap français.

Avec Métèque et Mat, Akhenaton signe un album marquant qui se place comme l’un des meilleurs solos du rap français. Tant par les thèmes évoqués, que l’omniprésence du storytelling et la finesse de son écriture, c’est un album complet. On pourrait même dire de cet opus qu’il est le lien parfait entre Ombre est lumière et L’école du micro d’argent qui sort 2 ans plus tard. Il y a donc 27 ans que Akhenaton nous a délivré une pièce maîtresse sur l’échiquier du rap francophone: Métèque et Mat !

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