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Prince Waly – “Moussa” : Le prince est parmi nous

Le 30 Septembre dernier, le rappeur de Montreuil sortait enfin son premier album solo. Un film audio dans lequel l’artiste parle de son amour du rap, lui rend hommage et surtout où il se livre sur lui-même. Chronique de Moussa de Prince Waly.

La sortie d’un premier album n’est jamais un exercice facile. Surtout lorsque l’on n’est pas un rookie. Et si sa discographie n’est pas riche d’une dizaine de projet, le MC de Montreuil n’est pas un nouveau venu. Bercé au rap des années 90/2000 par ses grands frères et sœurs, il fait ses armes avec Fiasko avec qui ils forment le groupe Big Buddha Cheez début 2010. En 2016, en marge de la sortie du premier album de son groupe, L’heure des loups, il débarque en solo avec l’E.P, Junior produit entièrement par Myth Syzer. S’en est suivi, l’excellent 9 titres BO Y Z en 2019. Un EP qui avait fini d’asseoir sa réputation et le plaçait comme un grand espoir du rap francophone.

Mais la carrière d’un artiste n’est jamais un long fleuve tranquille. Peu de temps après la sortie de BO Y Z, Moussa Magassa aka Prince Waly se voit diagnostiquer un cancer de la gorge. Sa voix s’éteint et sa carrière est donc en suspend. Le rappeur qui est de son propre aveux un homme pieux se bat contre la maladie pendant de longs mois. Un accident de vie magnifiquement mis en image sur la cover de l’album. Et c’est donc quand on ne l’attendait plus vraiment que le Montreuillois finit par annoncer un premier long format.

Le prince est parmi nous

Si Prince Waly fait donc son retour sur le devant de la scène, c’est surtout Moussa qui commence une deuxième vie après avoir vaincu la maladie. Alors, l’ex espoir du rap français a voulu offrir au public un vrai album. Un projet qui se veut cohérent, réfléchi, personnel et authentique. Un LP de 14 pistes et 40 minutes que l’artiste a pensé comme un film. Celui-ci commence par une intro dont le texte est interprété par Arthur Teboul, le chanteur de Feu ! Chatterton qui cloturait d’ailleurs BO Y Z. 4 min 35 qui servent à mettre l’auditeur dans l’ambiance et dont le message principal est clairement déclamé : le prince est toujours parmi nous ! Cette intro donne aussi une dimension quasi spirituelle à l’album. Suite à ce qu’il a vécu et cette victoire face au cancer, l’homme a évidemment des choses à raconter et à partager tout au long de ce premier solo.

Moussa se veut en effet plus personnel voire intimiste que ce que l’on avait l’habitude d’entendre de la part de Prince Waly. Sur des prods de Crayon, JayJay, Lama on the Beat ou encore AAyhasis, l’artiste du 93 se dévoile comme jamais auparavant de manière parfois extrêmement touchante. Si on ajoute à cela le raffinement des prods fournies par les beatmakers cités au-dessus, on se retrouve donc avec un projet d’une grande beauté.

Fondamentaux et storytelling

Réussir à toucher les gens à travers de la belle musique est important. Mais lorsque l’on est un “bousillé” de rap comme l’est Prince Waly, il y a des fondamentaux à respecter. Au travers de l’œuvre, le rappeur fait donc étalage de toute la qualité technique qu’on lui connait. Il découpe les prods comme il se doit. L’influence des écoles, Time Bomb en particulier, du rap de la fin des années 90 se ressent aussi dans ses textes pleins de rimes riches et de multisyllabiques. Cela fait logiquement du Prince l’héritier de ces illustres prédécesseurs qui ont bercé sa jeunesse.

Mais s’il y a un exercice dans lequel le Sénégalais d’origine excelle, c’est le storytelling. Lorsqu’il raconte des histoires, on a l’impression d’entendre le Oxmo version « Pucc Fiction » réincarné. L’exemple le plus frappant sur cet album est le bien nommé « Movie ». Un des grand moment de l’album. Et Prince Waly a truffé Moussa de récits fictifs ou autobiographiques qui contribuent à son atmosphère cinématographique. Cette ambiance générale fait que ce disque ressemble à un album du début des années 2000 qui aurait subi un lifting sonore.

Intergénérationnel

L’importance du rap français des années 2000 et en particulier de Lunatic pour Prince Waly est indéniable. Pour preuve, il dédie un morceau intitulé « Avertisseurs (Part II) », un clin d’oeil à l’ancien groupe de Booba. Celui-ci est suivi du titre « Rotweiller » en feat avec … Ali.

« La lettre » est le premier morceau de rap que Moussa dit avoir écouté. Il a donc un immense respect pour la moitié de Lunatic qui lui a fait l’honneur d’une de ses (trop) rares apparitions. Parmi les autres featurings, on retrouve aussi Jazzy Bazz, ainsi que Enchantée Julia sur « Cra$h ». Autres invités, on retrouve Freeze Corleone (« Balotelli »), Luidji et Makala l’accompagnent sur « Problème ». Prince Waly se veut être un pont entre les générations.

Tous ces invités s’insèrent à merveille dans le “film” et y apportent un plus indéniable permettant de varier l’intensité de son récit. Un travail d’orfèvre qui se révèle plus que cohérent. Tour à tour énergique, technique ou intimiste, Prince Waly livre avec Moussa un très bon album de rap. Mais il adresse surtout un message. Celui d’un homme qui renaît et retrouve goût à la vie. Un message d’espoir, d’amour et de combativité qui ne peut laisser l’auditeur indifférent. Et pour cela, on a envie de conclure cet article avec le même mot que Prince Waly utilise pour conclure Moussa : Mercy !

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