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Les 15 ans de « Val II Marne Rider » d’Aelpéacha

Retour sur Val II Marne Rider, un album qui fête ses 15 ans et la meilleure saison de l’année, l’été. Un LP qui s’inscrit comme l’une des pièces maîtresses de la discographie du maestro de la g-funk à la française: Aelpéacha.

En interview chez Clique, Aelpéacha livrait une réflexion sans équivoque sur l’identité de la musique en France. Son constat est sans appel : 80 % de notre production sonore vient du grand frère américain. Une vision assez radicale qu’il applique bien évidemment au rap français. A cette question de l’identité du rap hexagonale, nous avons consacré une série de trois articles à retrouver ici. Le contexte des années 2000 dans le rap français est important comme comprendre Val II Marne Rider, l’une des ses pièces maîtresses.

Aelpéacha et un rare vinyle de Val II Marne Rider

En 2007, la France du rap est alors dominé par le style de rue. Rohff, Sinik et Diam’s sont les têtes d’affiche d’une l’industrie en pleine crise du disque. L’heure n’est pas vraiment à la rigolade, alors que la street credibility fait office de passe d’entrée pour rapper. L’ouverture musicale est peu accepté, les sons y sont plutôt chargés en testostérone ou plus commerciaux.

Pour autant, reprendre un son américain, n’empêche pas de réaliser sa propre sauce en y intégrant ses propres ingrédients. Principe qu’applique Aelpéacha depuis le milieu des nineties, en s’inspirant de ses idoles Eazy-E et DJ Quik. Depuis ses débuts, le A construit sa route en totale indépendance avec une riche discographie. Et le digne représentant de Splifton continue à faire vivre sa ride. Le 8 juillet dernier, il sortait un nouvel E.P pour rythmer sa saison préférée Playball, avec le musicien M0NF0RT. En magnifiant l’été comme personne, le rappeur, producteur et réalisateur est devenu une figure centrale de la scène française westcostela.

La cover de Val II Marne Rider

West Coast à la française

Appeler les Westeux, ils sont des ovnis dans le paysage rap français de l’époque. Reprenant les codes du rap californien en y intégrant l’argot français, cette scène creuse son sillon, loin des radars du grand public. Alors que la presse spécialisée s’effondre et que les grandes radios dictent la loi du mainstream, c’est sur internet que la communauté se fédère notamment sur les blogs et forums nombreux à l’époque.

Julien Tribet, alias Kicket est un témoin important de cette époque en tant qu’acteur à part entière. Début 2000, il crée la première webradio 187Show consacré au g-funk et au gangsta rap. Suite à la fermeture du forum de référence West Side French Connection fin 2005, il récupère la communauté pour la migrer sur son forum 187Forum, créer pour l’occasion. Avec l’émission de radio et le forum, il devient le principal relais médiatique de cette scène qui se structure. En effet, la compil’ West Rider, sorti en 2002 sur le label Menace Records, révèle les différents pôles de ce style sur tout le territoire hexagonale. Avec son groupe CRSD, Aelpéacha met le 94 sur la carte de la ride et devient une figure importante du mouvement.

De 2003 à 2015, c’est près d’une vingtaine de skeuds qu’il sort en totale indépendance. 2003 marque aussi la rencontre de Kicket et le A, dont naîtra plusieurs collaborations et une amitié certaine. Ils sortent notamment en 2005, le volume II de West Rider. « De 2006 à 2010, c’est l’apogée de la ride, car on avait une manne financière avec Internet » explique Kicket. En effet, ils décident d’exporter leurs projets eux-mêmes, sans dépendre des moyens de distribution classique.

La ride à son apogée

Signe de leur proximité, l’album s’ouvre par une intro de Kicket façon hoster de radio US. Un concept emprunté au label No Limit du grand Master P. S’en suit 21 pistes avec une certaine logique, comme la journée idéale du rappeur. Val II Marne Rider est comme une virée en voiture avec ses potes, sous un soleil de plomb, avec le coude sorti.

Côté featuring, on retrouve entre autre les habitués Driver, Papillon du groupe La Clinique, J’L’Tismé du groupe Tout Simplement Noir, MSJ, Pimp Cynic du CRSD, Taro OG ainsi que le multi-instrumentiste S.O.B. D’ailleurs Aelpéacha prévient dès le début, sur le morceau, « Le soleil brille »: « Pas de featuring que des potes qui viennent se poser sur le parking. »

Le disque transpire l’esprit de convivialité et de partage qui se différencie totalement avec celle du rap fr de l’époque. Le son est très mélodique, des basses rondes et chaudes et les beats résolument g-funk, avec des refrains chantés. Le A n’hésite pas à montrer ses talents chantés avec une large palette musicale. Il se permet de faire un morceau reggae avec « Summertime ». Il est aussi capable de faire un gospel pour rendre hommage à sa caisse sur « R.I.P 155 Twin Park ». Avec Val II Marne Rider, on sent l’amour d’un passionné de musique et qui souhaite la célébrer, de préférence lorsque les températures sont élevées.

Aelpéacha, un rappeur à texte

Si le disque témoigne d’une qualité musicale certaine, il faut aussi parler des textes. Souvent grivois et épicurien, le A n’est jamais le dernier pour parler des soirées alcoolisées avec ses potes et de sexe. Pourtant, il montre aussi une créativité qui dépasse ce côté hédoniste.

L’un des titres phares de l’album est « Pour le réchauffement ». Un morceau où il se vante de son mode de vie de pollueur. Une façon originale d’aborder le thème de l’écologie sous l’angle du second degré. D’ailleurs, le disque est rempli d’humour, de blagues potaches et de sketch. Une constante dans ses albums qui s’explique par le mélange des influences américaines et françaises.

« Alpha c’est l’humour beauf façon les Inconnus et le trash américain à la Eddie Murphy et Martin Lawrence ».

Kicket

On retrouve sur l’album, tout le vocabulaire propre à la musique d’Aepéacha qu’on retrouve dans toute la scène westcostela. Par exemple, celui parle du « druide» pour aller chez l’épicier, se ravitailler en liqueurs. Tout cet argot se ressent pleinement sur l’album. Le néologisme « pavillonner » et le terme « la ride » sont devenus des références dans le rap français.

Alors que le rap français s’est progressivement écarté des sujets sociétaux et politiques, pour devenir que du divertissement, Aelpéacha proposait, déjà en 2007, une réponse avec Val II Marne Rider. Lui et ses potes préfèrent s’amuser autour d’un barbecue et faire chauffer les pots d’échappement. « Pour le réchauffement »

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